Jersey finger

Le "Jersey-Finger" ou "Rugby-finger" comme l'avait appelé Gunter en 1960 lors de sa première description, est une rupture sous-cutanée (sans plaie) du tendon fléchisseur profond au niveau de son insertion sur la phalange terminale.

Cette lésion, peu fréquente, se recontre essentiellement dans la pratique du rugby et des sports de contact type Judo mais ausi dans le cadre d'agressions (rixe, interpellation). Elle est due à une hyperextension brutale de l'IPD alors que le fléchisseur  profond est contracté : prise en Grip sur le maillot d'un partenaire (mêlée de rugby) ou le Kimono d'un adversaire au judo.

La lésion provoque une violente douleur trançante depuis l'extrémité du doigt jusqu'à l'avant-bras. il s'ensuit une impossibilité de flexion active de l'IPD, alors que la flexion passive est conservée.

Cette lésion est malheureusement peu connue de l'entourage des sportifs, on le rassure faussement avec un diagnostic "d'entorse" , et les patients, dans plus de la moitié des cas ne consultent qu'avec retard. Or ce retard est très préjudiciable au pronostic, à cause de la vascularisation précaire des tendons fléchisseurs profonds.

C'est le plus souvent le 4ème doigt qui est touché. On attribue cette fréquence à la plus grande fragilité de l'insertion de son tendon sur P3 par rapport aux autres doigts.

La Classification

Les tendons fléchisseurs circulent au niveau de la main dans une gaine synoviale renforcée par des poulies tout au long des doigts. Si le tendon fléchisseur profond est avulsé au ras de son insertion osseuse, il se rétracte, en général jusqu'à la paume, sous l'effet de son puissant muscle. S'il emporte avec lui un fragment osseux phalangien distal, celui-ci se coince plus ou moins loin dans les poulies, en fonction de sa taille.

Plus le tendon se rétracte, plus sa vascularisation est interrompue. En effet, le tendon fléchisseur profond n'a que trois sources vasculaires :

  • le périosté au niveau de son insertion distale
  • au niveau de la deuxième phalange par le vinculum brevis
  • au niveau de la première phalange par le vincuum longus

Leddy et Packer en 1971 ont établi une classification à visée pronostique, basée sur le degré de rétraction du tendon

Dans le type I, il existe une avulsion pure du tendon, sans fragment associé. Le tendon se rétracte jusqu'à la paume, toute sa vascularisation propre est interrompue. Le risque de nécrose tendineuse est grand, et cette lésion est de mauvais pronostic surtout si elle est vue tardivement.

Dans le type II, le tendon emporte avec lui un petit fragment osseux de P3, qui se bloque habituellement au niveau de la poulie A3, en regard de l'IPP, ou A2 en regard de al première phalange. Le vinculum longus est habituellement intact, on peut espérer que le tendon restera suffisamment vascularisé pour pouvoir cicatriser après réinsertion.

Dans le type III, le tendon emporte avec lui un volumineux fragment articulaire, qui se bloque dès la poulie A5. Il existe donc très peu de rétraction tendineuse, et les deux vincula sont intacts. Cette lésion bénéficie d'un meilleur pronostic que les deux autres.

Plus récemment, on a décrit la possibilité d'une rupture double, tendineuse et osseuse, le fragment osseux restant en place alors que le tendon se rétracte à la paume. Cette lésion reste très exceptionnelle.

Le Diagnostic

On retrouve à l'examen l'impossibilité de flexion active IPD alors que la flexion passive est conservée, ce qui signe le diagnostic. On peut, dans certains cas, déterminer le siège de la rétraction par la palpation : tuméfaction de la paume ou douleur très localisée dans le canal digital.

Les radiographies de profil prenant le doigt en entier montrent l'éventuel arrachement osseux et sa migration.

Dans certains cas anciens, avec un doute diagnostic (enraidissement secondaire de l'IPD) l'IRM peut être utile

Le traitement

La réinsertion du tendon est d'autant plus difficile que la lésion est vue tardivement.

Dans les lésions fraîches (avant le 10ème jour) il faut réparer le tendon. S'il s'agit d'une avulsion pure, il réinséré en "pull-out" soit trans-osseux, soit distal sur la pulpe, ou par ancrage intra-osseux à l'aide d'ancres miniaturisées. S'il existe un petit fragment osseux, il est souvent difficile à synthéser, et il est parfois plus simple d'en faire l'exérèse et de réinserer le tendon directement dans P3. Si le fragment est volumineux (situation la plus facile) il peut être synthésé par mini-vis ou par broches.

Dans les lésions vues secondairement (10ème au 30ème jour), le pronostic d'une réinsertion est d'autant plus péjoratif que la rétraction du tendon est plus importante en raison d'une part de la dévascularisation et du risque de nécrose, d'autre part la difficulté de rééintroduire le tendon sous les poulies digitales (oedème distal du tendon, rétraction des poulies) et enfin de la rétraction musculo-tendineuse qui ne permet plus parfois d'amener le tendon jusqu'à son insertion distale. On peut s'aider par un petit allongement à la jonction musculo-tendineuse, ou une réinsertion un peu plus proximale sur la plaque palmaire. 

Mais si la réinsertion s'avère impossible, il est préférable de se limiter à une résection simple du tendon, éventuellement associée à une stabilisation de l'IPD par ténodèse, que de se lancer dans une greffe du FP au travers du FS intact.

Dans les lésions vues tardivement, au delà d'un mois, l'indication chirurgicale sera en fonction de la gêne fonctionnelle :

  • en l'absence de gêne, il ne faut pas intervenir
  • si la gêne est limitée à une douleur dans la paume, une simple résection du FP est suffisante
  • si la gêne est due à une instabilité de l'IPD (départ en hyperextension dans les prises de force) une ténodèse distale ou une arthrodèse de l'IPD règlera le problème de façon satisfaisante.

Ce n'est que chez un patient hypermotivé et prévenu des risques qu'on peut tenter une reconstruction du FP par greffe en un ou deux temps en fonction de l'état local.

Le Jersey Finger  est donc une lésion pour laquelle le pronostic doit être réservé, et ce d'autant plus que la lésion est vue tardivement et que le tendon est plus rétracté. La réparation directe n'est possible que dans les formes vues précocément. Dans les autres cas, quand ils sont symptomatiques, on préfère un traitement palliatif.